État

L’enfant avec ses questions ou peurs sur la mort…

Inès Passini psychologue Verrières-le-Buisson

« On ne meurt que quand on a fini de vivre. »

(Dolto, 1985)

Comment parler de la mort à son enfant, alors que nous n’en connaissons presque rien et en avons peut-être peur? Comment le rassurer?

La mort, ce mot parfois tabou en fonction de notre héritage culturel, familial, nos expériences, peut nous faire peur à nous adultes, car il nous renvoie à notre histoire, notre expérience de la mort, proche ou lointaine.

Alors nous comprenons que les enfants puissent la craindre, et parfois d’une manière que nous trouvons exagérée : l’enfant dit avoir peur de la mort avant de s’endormir, pas envie de quitter les parents pour aller à l’école, peur « que maman meurt »; bref on a l’impression que cette peur est omniprésente ou prend trop de place. Et ce, sans forcément avoir vécu un décès dans son entourage.

Voyons ce qu’il se passe dans sa petite tête, pas si petite, et son cœur :

Le jeune enfant avant 6 ans n’a pas conscience de ce que représente réellement la mort d’une personne : c’est pour lui une disparition/réapparition. Il la perçoit comme une absence temporaire et réversible : elle n’est pas associée à une perte définitive. Les jeux entre enfants, jeux vidéos, parfois dessins animés, peuvent confirmer à l’enfant cet aspect réversible de la mort. L’enfant ressent les émotions de tristesse de son entourage, de peur, et peut se sentir en insécurité. C’est aussi un âge où l’enfant peut se sentir coupable de la mort d’une personne.

Vers 6 ans l’enfant a des peurs plus ciblées, de fantômes par exemple : qui symbolisent le passage entre la vie et la mort cet espace flou.

Puis entre 8 et 10 ans il prend progressivement conscience qu’une personne décédée ne reviendra pas : la mort est irréversible et définitive et concerne tout le monde. Il est capable de faire le lien avec le présent : la maladie, les accidents, la vieillesse… Et alors des angoisses peuvent surgir. L’enfant s’interroge sur les faits concrets que l’on trouve autour de la mort (cimetière, tombe, etc). L’apprentissage de la solitude chez l’enfant peut signer la fin de ses angoisses.

Alors comment en parler aux enfants ?

On se fait confiance, en tant que parent!

Les adultes, professionnels ou non, n’ont de toute façon pas la science infuse et le sujet de la mort vient nous confronter à nos limites : nous n’avons pas toutes les réponses. Ce que cherche l’enfant avec ses questions c’est une conversation honnête et authentique.

  • Les questions liées à la mort en général

Il y a donc cet âge après 8 ans où l’enfant peut avoir des angoisses liées à la mort d’un proche… Cela peut être une réactivation d’une angoisse de séparation que l’enfant a vécu bébé, ou petit enfant : on cherche, on creuse, et si on trouve : on explique, on raconte, on rassure… Quelques livres permettent d’expliquer à l’enfant ces questions… Si l’angoisse persiste et est envahissante – empêche l’enfant de dormir, a peur d’aller à l’école –  : on peut envisager de consulter un psychologue clinicien. Ça ne fait pas de mal, et ça peut aider 😉 !

  • Après le décès d’un proche

A n’importe quel âge, après la perte d’un proche, il faut expliquer avec un discours adapté le décès de cette personne. Cela lui facilitera le travail de deuil de façon à ce qu’il ne se sente pas exclu, et il se sentira davantage en sécurité. L’enfant a besoin d’être rassuré. L’adulte peut tout à fait admettre « qu’on ne sait pas répondre à cette question » et peut lui dire qu’il va y réfléchir. Ouvrir ainsi le dialogue permet de libérer l’enfant de ses angoisses, d’une culpabilité en verbalisant ses questionnements.

L’enfant a peur de la perte, tout comme nous, cette idée de ne plus jamais revoir une personne est très angoissante : utilisons l’imaginaire des enfants. On peut dire que la personne restera très fort dans notre mémoire, et dans notre cœur, on peut faire un petit livre avec quelques photos par exemple…

Courage!

Illustration : Maud Passini